Avec CapMarchés, la Chambre d'agriculture vous accompagne
Le marché à terme est un outil financier permettant à l’agriculteur de sécuriser, voire optimiser ses prix de vente et d’achat, à travers deux opérations : la couverture et les options. Il peut apporter des réponses à la volatilité des prix agricoles constatés ces dernières années.
Afin de répondre à une demande croissante dans ce domaine, la
Chambre d’Agriculture du Calvados se donne aujourd’hui les moyens d'accompagner les agriculteurs souhaitant prendre en main la commercialisation de leurs productions afin de sécuriser leur revenu.
Les contrats négociés sur les marchés à terme concernent le blé, le maïs, le colza, depuis début 2010 l’orge de brasserie et bientôt la poudre de lait, le beurre et le lactosérum. Ils sont standardisés en termes de qualité, de quantité (50t), de lieux de livraison (blé : Rouen, maïs : zone Atlantique, colza : Moselle) et de dates de livraison (échéances définies sur une période de 18 mois). Aujourd’hui, les marchés à terme très utilisés (blé, colza) ont une influence considérable sur les marchés physiques. Très réactifs, ils évoluent
rapidement au gré de la moindre information de marché ou des mouvements des opérateurs. Les marchés physiques suivent la même évolution, avec plus ou moins de délai. Marchés à terme et marchés physiques sont donc très corrélés.
Conjoncture agricole des marchés Ce tour d’horizon synthétique des principaux marchés dont dépend l’agriculture normande en ce début d'année, est complété d’une page d’actualité sur la PAC et l’OMC. 09/03/2012
Est-ce qu’aller sur le marché à terme nous empêche de vendre sur le physique ?
Le marché à terme est par définition un marché où s’échangent des papiers, appelés "contrats à terme", par opposition au marché physique où s’échangent des marchandises. Le marché à terme ne permet en aucun cas à l’agriculteur de vendre sa production physique, c’est la raison pour laquelle, il ne détourne absolument pas l'agriculteur des relations commerciales établies avec ses clients (coopération ou négoce) à qui il vendra toujours sa récolte physique.
Le marché à terme, c’est spéculer ou sécuriser ?
Un spéculateur achète ou vend anticipant les mouvements de prix futurs, mais il n’a aucune intention de procéder à la transaction physique, que cela soit sur le marché à terme ou sur le marché physique. Beaucoup d’opérateurs comme les fonds indiciels (25 à 35 % des contrats à terme en 2009 selon la FAO) spéculent sur le marché à terme du blé comme cela s’est passé en été 2010. Pour un agriculteur, l’utilisation première est de sécuriser un prix de venteou d’achat, ce que l’on appelle la "couverture". Comme il s’agit d’un marché financier, il peut y avoir d’autres outils que la couverture, mais l’enjeu pour l’agriculteur est bien d’assurer la pérennité de son exploitation, en sécurisant sa marge. Le risque, d’ailleurs, serait de détourner l’outil et de spéculer, c’est-à-dire de prendre des positions sur le marché à terme qui ne seraient pas en lien avec sa production.
Dans un environnement marqué par une forte volatilité des prix, les marchés à terme sont-ils un moyen de stabiliser les prix au niveau international ?
Non. Le fait que certains investisseurs financiers (spéculateurs) puissent accéder à ces marchés fait même que les fluctuations s'en trouvent amplifiées aussi bien à la hausse qu'à la baisse. Dans ce sens, ce n'est pas un outil de régulation. Au niveau individuel, le défi consiste à se protéger de ces variations tout en conservant des prix corrects et viables pour votre exploitation. Pour cela, aller sur le marché à terme permet de se couvrir du risque de fluctuation de marché. Le MAT ne régule donc pas un marché mais permet de se prémunir des fluctuations à l’échelle de l’exploitation.
Comment commercialiser ou acheter sur le marché à terme ?
Deux outils sont disponibles : la couverture et les options.
La couverture consiste à fixer son prix de vente ou d’achat à l’avance. Elle se fait à l’échelle individuelle à travers un compte spécial marché à terme. Quelle que soit l’évolution à venir du marché, l’agriculteur touchera le prix qu’il s’est fixé, comme pour une vente traditionnelle en physique.
Les options (call, put et pog) offrent d’autres possibilités. Elles permettent en effet au vendeur de fixer non pas son prix final mais un prix minimum (bénéficie de la hausse) et à l’acheteur de fixer son prix maximal d’achat.
Combien ça coûte d’aller sur le marché à terme ? Est-ce obligatoire d’avoir un compte ?
En moyenne, dans le cas du blé, le coût s’élève entre 1 et 5 €/t de blé ce qui est relativement faible. L’ouverture d’un compte spécial à la banque environne 150 € mais il est nécessaire d’avoir la trésorerie suffisante permettant de tamponner les variations de cours. On estime qu’il faut au moins pouvoir commercialiser 300 tonnes de céréales pour qu’il s’avère intéressant d’ouvrir un compte. Toutefois, il n’y a pas d’obligation d’avoir un compte. Il est possible d’utiliser certaines options sans compte et vous pouvez aller sur les marchés à terme via vos organismes stockeurs en fonction des services qu’ils vous proposent.
Est-ce que les éleveurs peuvent aller sur les marchés à terme ?
Si ce sont des éleveurs qui font des achats de céréales, oui, afin de se protéger contre la hausse des cours. Certains éleveurs (très peu) utilisent le marché à terme pour le soja. Cela peut s’avérer compliqué étant donné que ce marché à terme n’existe pas en Europe mais aux États-Unis et qu’il est soumis aux variations des taux de change euro/dollars. Quelques opérateurs ont proposé des services dans ce domaine mais cela ne s’est jamais réellement développé. Par ailleurs, en octobre 2010, le marché à terme du lait a vu le jour en ce qui concerne la poudre et le beurre et le lactosérum seront concernés début 2011. Les éleveurs laitiers n’y auront pas accès aussitôt. Pour que ces marchés à terme fonctionnent bien, il faudra que la filière se les approprie. La question sera alors de savoir quelles seront dans un futur proche les possibilités d’utilisation à l’échelle des éleveurs.
Faut-il se former pour aller sur les marchés à terme ?
C’est obligatoire pour ouvrir un compte et c’est indispensable pour être à même de connaître et de suivre les grandes caractéristiques de fonctionnement des marchés internationaux des céréales et oléagineux. Bien sûr, cela demande un investissement, mais, à y regarder de près, l’opération peut s’avérer utile. On considère qu’aujourd’hui un exploitant passe l’essentiel de son temps à gérer des risques de rendement qui, en France, sont estimés à plus ou moins 10 % en moyenne, quand les risques de prix fluctuent de plus ou moins 30 % en moyenne. Nul doute qu’il y a intérêt à dégager du temps de la production pour s’intéresser à la commercialisation et aux outils financiers comme les marchés à terme.
Que propose la Chambre d’Agriculture dans ce domaine ?
Afin de répondre à une demande croissante dans ce domaine et face à la volatilité des prix, la Chambre d’Agriculture du Calvados s’est rapproché du réseau CapMarchés qui intervient dans 35 départements à travers les Chambres d’Agriculture.
Basé sur des réunions de groupe, CapMarchés vous accompagnera en vous permettant de répondre aux principaux questionnements : à quel prix vendre ? à quel prix acheter ? comment et avec quels outils ? quand ? …
Repères
L’agriculture secouée par les marchés - Note de conjoncture
08/10/2010 Toutes les productions agricoles normandes sont concernées par les mouvements de conjoncture de plus en plus brutaux Bonne surprise pour les uns, grosse difficulté pour les autres, le pilotage des exploitations agricoles
6 réunions de groupe d’½ journée par an animées par un conseiller spécialisé,
la réception de bulletins hebdomadaires d’informations stratégiques sur les marchés, les options, ainsi qu’un flash spécial mensuel sur le bilan USDA (United States Département of Agriculture),
un accès à des informations en temps réel sur Internet et sur répondeur téléphonique,
la possibilité d’appeler à tout moment un conseiller spécialisé pour une aide à la décision.
Exemple simplifié
Se "couvrir" via le marché à terme en vendant puis en rachetant un contrat à terme
Avril 2011, un producteur vend un contrat à terme pour 100 tonnes de blé en cours de production au prix objectif de 160 €/t pour l’échéance novembre 2011. Même si cela ne fonctionne pas réellement ainsi, considérons que son compte MAT en banque est crédité de 16 000 €. En octobre 2011, le jour où le producteur vendra les 100 tonnes de blé sur le marché physique à sa coopérative, il rachète un contrat à terme pour 100 tonnes au prix du cours du jour :
• Si le prix a diminué à 100 €/t, il vendra à sa coopérative ses 100 t de blé à 10 000 € et rachètera donc son contrat à terme à 10 000 € ce qui lui laissera 6 000 € sur son compte MAT. Bilan de l’opération = 10 000 € + 6 000 € = 16 000 € soit 160 €/t ; soit le prix fixé en avril.
• Si le prix a augmenté à 200 €/t, il vendra à sa coopérative ses 100 t de blé à 20 000 € et rachètera donc son contrat à 20 000 € ce qui lui laissera un solde négatif de - 4 000 € sur son compte MAT. Bilan de l’opération = 20 000 € - 4 000 € = 16 000 € soit 160 €/t ; soit le prix fixé en avril.
Le résultat sera donc le même que les cours montent ou baissent.