Gestion de l'interculture : Quels effets sur l'eau et l'azote ?



Phacélie



Les étudiants du Brevet de Technicien Supérieur Agricole (BTSA) au lycée agricole du Robillard ont testé différentes conduites de l’interculture sur cases lysimétriques. Ce dispositif expérimental, installé par l’INRA sur le site de l’exploitation, a permis d'étudier les effets sur la lame drainante et les teneurs en nitrates. Nous les laissons ici présenter leurs résultats.



Après 3 ans d’études comparatives sur les cultures intermédiaires, nous avons décidé en 2006, d’élargir le suivi aux effets des conduites les plus courantes pendant l’interculture.

Nous avons mis en place trois modalités correspondant à des sols couverts - repousses d’orge, phacélie et moutarde - et trois autres correspondant à des sols nus - paille enfouie, déchaumage et désherbage chimique. Chacune de ces modalités a été répétée trois fois.

Les élèves en formation Technologie Végétale ont mis en place l’essai début septembre. À ce moment, ils ont apporté 100 kgN/ha pour simuler un reliquat post-récolte. Puis, ils ont réalisé l’entretien (désherbage et travail du sol). La destruction des cultures a été réalisée fin décembre et les couverts ont fait l’objet d’analyses (biomasse et azote).



Phacélie

Moutarde et phacélie ont consommé 150 mm d’eau
Dès le début de l’étude, les résultats étaient intéressants car les sols avec pailles enfouies ont percolé plus rapidement. L’hypothèse est que l’effet de mulch (mélange de terre et de débris végétaux) a limité l’évaporation et favorisé la percolation. Par rapport aux trois années précédentes, le drainage a commencé plus tôt. Aucun précédent n’ayant été implanté cette année, la réserve utile en eau du sol s’est donc retrouvée pleine dès septembre.
Au fur et à mesure du développement des phacélies et moutardes, le drainage s’est arrêté et n’a recommencé que début janvier. Au final, entre les sols nus et les sols couverts (par les phacélies et moutardes), il y a eu une différence d’environ 150 mm d’eau percolée.


Moutarde

Les repousses d’orge consomment beaucoup moins d’eau par rapport aux phacélies et moutardes. On peut supposer que les cultures de céréales d’hiver auront le même impact que les repousses d’orge.
Pour les sols nus travaillés mécaniquement ou désherbés chimiquement, on ne peut pas réellement mettre en évidence de différences significatives au niveau des volumes d’eau percolée. Cependant, nous pouvons noter une légère tendance à une percolation un peu plus faible de la part du sol nu travaillé mécaniquement.


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Des teneurs en nitrates divisées par quatre

Cette année, les teneurs en nitrates dans les eaux étaient très élevées, environ 500 mg/L sous sols nus, soit 10 fois la norme(voir graphique ci-dessous). Les cultures intermédiaires, phacélie et moutarde, ont bien eu un effet bénéfique puisque les teneurs en nitrates ont été divisées par 4 par rapport aux sols nus. A noter que les valeurs obtenues sous couverts les trois années précédentes étaient beaucoup plus faibles (proches de 20 mg/L). Les repousses d’orge ont eu un effet limité sur les teneurs.
Ces teneurs très élevées s’expliquent par l’absence de précédent orge et surtout par l’apport d’une dose d’azote trop importante en septembre, créant ainsi un reliquat d’azote énorme.



Les élèves de Gestion et Maîtrise de l'Eau se sont occupés du suivi des cases lysimétriques.

Les cultures intermédiaires ne font pas tout
Bien que les cultures de phacélie et de moutarde aient absorbé respectivement 130 et 100 kg d’azote par hectare, d’après les analyses de biomasse, leur capacité à piéger les nitrates se serait trouvée dépassée.
Cette expérience nous montre donc les limites des Cultures Pièges à Nitrates. Pour qu’elles soient pleinement efficaces, il faut bien gérer les apports d’azote afin de limiter les reliquats post-récolte.
Au final, vu une lame drainante et des teneurs en nitrates plus faibles, les pertes en azote ont été beaucoup moins importantes avec les moutardes et phacélies : une vingtaine d’unités a été lessivée pour ces cultures intermédiaires contre 250 kg/ha en sol nu.



L'étude à porté sur la période hivernale de septembre 2006 à mars 2007

Piège à nitrates ou piège à eau ?
Cette expérimentation montre donc l’intérêt des couverts végétaux pour protéger la ressource en eau et économiser les engrais azotés.
Cependant, nous nous interrogeons sur les risques de tels couverts pour la recharge de la réserve utile en eau du sol et des nappes, notamment dans des régions à hiver peu pluvieux.
Ces expérimentations vont se poursuivre. De l’orge de printemps a déjà été semé, ce qui permettra de se rapprocher davantage des conditions réelles.






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Moyenne des hauteurs d'eau percolée par type d'interculture (en mm)


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Moyenne des tenneurs en nitrates selon le type d'interculture ( en mg/l)



Etudiants des BTSA Gestion et Maîtrise de l’Eau et Technologie végétale
Lycée agricole Le Robillard, St-Pierre-sur-Dives
Contact : Sébastien Pesteur - professeur d'agronomie

Juin 2007